Anne LAROUTIS,
Animatrice
de la Plume Electrique



Les ateliers d'écriture 2025
Dans le cadre du "Vide Atelier" des Teinturiers du 12 octobre sur le thème "avoir une araignée en tête"
Avoir une araignée en tête, c'est se focaliser à avoir une chose en tête et de ne pas pouvoir l'enlever de l'esprit. C'est embêtant, cela empêche de penser à autre chose, une chose entêtante, car on voit la même idée.
C'est pas toujours bon d'avoir une araignée. C'est aller vers le bas. Donc, ce n'est pas simple. Sinon, il y a les araignées sur le plafond, elles sont rigolotes. Elles ne prennent pas la tête, elles, même si elles sont de couleur noire.
Ces araignées sont moins dangereuses de celles de l'esprit. Elles sont simples à enlever, hop, avec un coup de balai, le plafond est propre. Celles du cerveau, elles, elles grattent trop.
Stéphane PEYRARD
Avoir une araignée en tête, c'est comme avoir une idée fixe et tentaculaire dans le cerveau, un peu comme un Alien qui nous dévore.
Avoir une araignée en tête, ce n'est pas avoir forcément des idées noires. C'est comme avoir un millepatte, sorte d'ami de compagnie. Un millepatte qui gratouille et chatouille la tête. Cela vous fait accoucher d'idées sordides. Et parfois, d'une géniale idée. Ce qui permet à l'énergumène d'engendrer un cafard heureux.
Lorsqu'on est jeune, les araignées en tête ont la viscosité du désir de vivre. Avoir une araignée en tête et quelque chose en soi de vie, qui peut parfois tourner comme des girouettes au vent.
Cultiver des araignées en tête, ce n'est pas compliqué. La première vient de l'enfance. Une qu'on a en héritage. Elles se cultivent souvent de génération en génération et font de grands Monstres qui embêtent et emboitent notre chemin de vie. Le chemin de traverse des humains, que j'emprunte comme tout un chacun. Ce sont des bestioles qui se déplacent vites et peuvent creuser l'humaine que je suis.
Alors, pour ne pas en avoir de trop, un conseil : chassez celles qu'on vous a légué.
Une fois les araignées en fuite, on devient un volant oiseau.
Anne LAROUTIS
Séance du 5 novembre 2025 sur le thème de "quelle est votre définition de l'écriture "
Pour moi, l'écriture est une façon de communiquer avec mon milieu professionnel et avec ma famille. C'est une de mes façons de traduire le monde, et une utilisation du langage qui permet d'exprimer ce que je souhaite dans le travail comme dans ma vie privée. L'écriture permet de dégager de sens dans ce que je vis, de comprendre par des mots inscrits sur clavier ou papier, ce que je traverse. Je l'utilise comme objet fictionnel, en écrivant des pièces de théâtre ou des supports pour développer des interactions avec mes élèves, et constituer de beaux projets dans les écoles où je suis professeur pour une autre langue, l'arabe. L'écriture est donc un atout, un outil dans mon existence, comme je peux utiliser le chant, la musique et la danse pour exprimer d'autres facettes de ma personnalité. J'utilise l'écriture en fiction, et c'est une évasion de créer des histoires qui sont en dehors de mon existence ; comme une évasion d'un quotidien qui peut paraitre banal comme toute existence. L'écriture m'engage à aller plus loin dans ma façon de m'exprimer. L'écriture est donc un atout à utiliser dès qu'on le souhaite, pour pouvoir survivre à nos difficultés.
Hikmat
Pour moi qui suis musicien, l'écriture est une musique de l'âme. Je suis très peu aller à l'école car c'était difficile et puis l'école, chez nous, ça s'apprend ailleurs. A 6 ans, on m'a donné une guitare et je me suis débrouillée jusque-là avec cet instrument. J'ai rencontré mon maître qui m'a montré le chemin de la création et de la musique. Paco De Lucia m'a forgé, il parait que je lui ressemble un peu. Et puis avec le groupe des Gypsis King, on a créé une musique qui a permis au monde de faire connaître la culture gitane. Alors, écrire pour moi c'est difficile; cela passe par des notes. Parce que c'est ma façon d'écrire le monde.
Paco
Séance du mercredi 10 décembre 2025 thème "Narration avec un Je"
" Dépêche toi, fais vite
Embrasse moi
Un orage se prépare
Si notre amour se mouille,
Il ne s'enflammera pas
J'aimerai fondre ton corps avec le mien
Pour faire des colombes blanches dans son nid
Mais sans ton amour
Je meurs.
Sans tes baisers,
Je me perds
Parfois, je crois que je suis seul
Alors, que je suis avec toi.
Alors j'attends, j'attends...
Pour que tu me dises je t'aime"
Paco, chanson d'amour
" La famille, c'est un peu compliqué surtout quand on perd sa moitié.
La mienne.
Elle est partie depuis quelques temps, et je la cherche tout le temps.
Le docteur me demande si je vais bien, et avant cela ; je me demandais pourquoi ils le sont tous en train de se préoccuper de mon corps alors que mon cœur souffle.
Le cœur a ses raisons que la raison ignore. Quand j'ai vu son corps meurtri
par la maladie, je ne le voyais pas. Je nous voyais nous, jeune, dans des draps de satin. Pour me faire plaisir, ce qu'elle n'a pas fait et que je ne dirai pas, par respect à notre intimité.
Ils m'énervent à être tous autour de moi à me demander comment je vais alors que je mets des bouquets dans mon micro-onde sans elle qui partageait ma vie depuis 1969, notre année érotique. Eros & Thanos ont quitté le navire depuis bien longtemps, et tout de même ce temps qui manque pour dire aux gens qu'on les aime est bien trop court. Elle était là, et ne ressemblant à aucune autre.
Ma progéniture s'inquiète. Elle prend le relai comme elle peut, et ce n'est pas elle. Elle essaie. Ce n'est pas facile pour elle de se protéger de cette orage, ma tristesse, qui lui gronde un peu plus chaque jour.
Je donne le change comme je peux. Je veux être à la hauteur des attentes des autres et je vois bien que jouer ce jeu ne m'emmènera à rien de bon. Aujourd'hui, on s'inquiète pour mon corps, alors que mon cœur, mon pauvre cœur est malheureux. On me propose d'aller vers les autres et qu'est ce que je vais dire... Je ne suis pas sénile, ni sot. Je suis fatigué de savoir qu'un jour, je partirai.
J'irai la voir bientôt dans sa nouvelle maison. J'y vais en famille bientôt. Une drôle de famille, c'est toujours un clan. Un clan qui ne s'apprécie parfois, se chamaille, s'emballe et tout de même se retape comme un puzzle commence il y a des années.
J'aime les jeux de construction, que j'utilise parfois hors des sentiers battus comme un mikado peut faire des châteaux qui ne sont pas de sable.
Face au docteur, qui reprend mon ma tension alors que tant d'attention, me fait mal au cœur.
Personne ne peut comprendre l'abandon.
Celui-là est mon dernier.
Je m'étais senti trahi petit par l'apparition de ma sœur. Pourquoi de vieux parents souhaitent- ils un autre enfant? Alors que j'étais là, petit, dans cette maison, ma sœur ressemblant à ma mère. Comme je ressemble à mon père, aujourd'hui, qui m'a pourtant battu. L'ai-je détesté? Bien sûr. Et un père reste un père; tension ou pas.
Au final, une alerte pour pas grand-chose cette tension.
Je marche, seul et anonyme, sans canne qui m'attache à ce que je ne veux pas être, et pourtant ce que je suis.
A tant y croire, on finit par convaincre que nous ne mourrons pas un jour.
Ma femme n'a pas disparu. Elles est ailleurs, et je ne sais pas où. Comment lui dire adieu?
Anne, Je du père.
" Il n'est rien de la vie
Qu'un peu de poésie
Une poésie qui traîne
En lenteur et longueur
En saveur et damier
En douceur et pensées
Un peu de poésie adoucit
Ce qui s'ensuit de la vie
Une poésie rythmée au fil des années et d'expérience passée
Prenez et faire un élixir d'existence
Les mots restent,
Les mots disent,
Les mots viendront
Les mots des mois,
Les mots annuels,
Les mots dits.
Ne seront plus à écrire,
Les mots prient
Servent l'instant
Il y en a trois de précieux
Qui forme unité
Parfois théâtralisé
Unité de vie, de temps et de verbe
Unicité de l'oubli de la parole dite
Pour une véracité de l'esprit
Par une clarté de la langue
Universelle
Anne, le Je poétique
Séance du dimanche 25 janvier 2026 sur les passions
Définition de la passion
La passion dans la vie quotidienne, c'est avoir plusieurs passions qui peuvent être complémentaires car nous vivons plusieurs vies dans la même journée.
La passion pourrait se définir comme une quête de l'absolu recherchée par le biais du plaisir que l'on a à créer quelque chose ou réaliser des étapes afin d'obtenir un objectif de qualité.
Est-ce que la passion peut s'entendre simplement sur un plan personnel ? On dit être passionné de voyage, de tricot, de bricolage ou même de lecture. Qu'ils soient des moments d'activité ou de recentrage sur soi-même, ces temps engendrent du bien-être, du plaisir et l'envie de s'y adonner avant même d'y être.
Cette passion est renouvelée avec toujours autant d'enthousiasme et le temps où on doit arrêter "ce moment entre parenthèses" procure une frustration voire une déception.
Pour autant, même si le temps de couture ou de tricot est stoppé du fait d'autres engagements, l'activité reste encore dans nos pensées avec un bilan du moment passé et une projection du prochain temps consacré à l'activité, les étapes à réaliser, le plaisir qui en découle.
Quant à la passion des voyages et de la notion "d'aller vers", elle sera en opposition avec la passion décrite plus avant. Il ne s'agit plus d'une passion "solitaire face à" des objets, mais celle "collective avec" des autres cultures, religions, coutumes... dans une dynamique non plus de découverte de ce qu'on peut concevoir mais de ce que l'autre peut proposer.
Enfin, la passion de la lecture peut procurer un plaisir personnel, celui de faire corps entre son imagination, ses sentiments, ses émotions qui sont propres au lecteur et à son vécu !
La passion dans la vie quotidienne reste néanmoins de prendre du plaisir dans les rencontres et les actes effectués avec un retour positif chaque soir sur sa journée.
Laurence
La passion (dans la vie)
Novarina disait "la passion n'est pas dans ce qu'on dit, elle est dans ce qu'on vit".
Allez aux toilettes et vous comprendrez ce que je dis.
Alors, je suis allée aux toilettes pour exprimer et évacuer ce que je disais, et pour vous le dire, je suis sur scène. Cela porte ses fruits, le fruit de la passion de la vie dans une boîte noire, avec sa face parfois devant un public. Aujourd'hui, cette dernière de faca peut-être voilée, remplacée par de la vidéo en être artificiel. On appelle cela les réseaux sociaux. Ces réseaux où on montre des instants réalisés et jetables, comme le PQ qu'on utilise et qu'on vide par la suite, pour ses petites affaires. Au final, ce sont des grandes affaires. Et ces dernières, comme le papier toilette, doit se racheter. C'est la fast culture, une culture jetable qu'on utilise au fil de notre vie. La fast culture dépassionne le débat public sur la culture. Un nouveau opium du peuple, comme le chante un rappeur nommé Courgette. Il court, il se jette, c'est MC Courgette. Je cours, je rejette c'est AL. Donc, moi sur scène.
La passion n'est plus au cœur de l'artistique, elle devient une affaire de gros sous. On en oublie la passion d'en vivre, et c'est un gros souci quand on vit à la fellinienne, une sorte d'Amarcord en continue. "A toi!" dix minutes avant de monter sur scène. C'est le chef de plateau, au cinéma, qui n'est autre que mon cousin. Au théâtre, on dit un mot dans l'éphémère. Au cinéma, on peut reprendre. "A moi", à moi sur scène, un moment exact, traversé par une énergie du personnage et de la mienne, un tiramisu de diction avec un zeste d'amertume pour dire un mot passionné aux spectateurs. Il suffit que j'en vois un dormir pour me dire que mon jeu n'est pas juste, et que celui endormi profite du spectacle autrement, comme quand je suis chez moi devant une série. Je m'endors souvent. Dans cette optique de se dire que rien n'est grave dans la vie, même cet être qui dort devant moi, me permet de trouver l'éveil de mon sens artistique. Sans cette conviction de voyeurisme, de montrer en public la grande timide que je suis, ne pourrait pas être mieux puisque je suis en milieu de vie.
Etre sur scène, au milieu de son langage, expire des mots et inspire de l'action. Novarina disait "le théâtre est un langage non essentiel et l'essentiel de l'acte théâtral est dans la parole de ne rien dire en disant." Cela s'appelle la novlangue, la langue du patio, celle de marcher dans la boue du stylistique imposée par l'académie du langage.
Comprendre une langue, c'est être passionné par son façonnage et écrire.
Ecrire n'est pas en soi une nécessité. On oblige personne à écrire, à l'âge adulte. A nous de nous y contraindre, comme un jeu d'enfant. On peut faire attention à qui on est en faisant un sport par exemple. Le mien est scriptural. Aller se promener en pensant à ses dires scéniques est bon pour la santé, en tout cas, de la mienne.
Une passion comme celle de pratiquer un art, quel qu'il soit, pour rester vivant est salutaire pour la sante. Et la mienne, en priorité.
Anne
Dimanche 8 février 2026 sur le thème de l'écriture
J'aime écrire, c'est une passion. J'ai un bon rapport avec elle et je me sens à l'aise avec l'écriture.
J'ai deux langues idéales, le français et l'espagnol. D'un côté, celle de mon père, de l'autre celle de ma mère. Je parle couramment les deux, dans la vie quotidienne. L'espagnol, moins souvent, et j'aime bien la pratiquer, je l'écoute à la télé par une chaîne du pays, pendant huit ans et mon père parlait l'espagnol, donc je connais la langue.
Le français, je suis plus à l'aise. Quand je le parle, et l'espagnol cette langue entre le provençal et l'espéranto ou alors unr langue parlé par tous, qui serait universel, pour qu'aucun pays ne soit une barrière.
Stéphane
Ecrire.
Si on sait lire, on sait écrire.
Et on oublie comment on a fait pour apprendre.
On appelle cela la vie.
Cette vie nous réapprend à chaque instant de vivvre comme grand-mère, qui écrivait ses listes de choses en espagnol et en français, pout ne pas oublier comment les ingrédients de l'existence s'écrivaient.
Ecrire, c'est dire, de façon plus fixe. Un focus sur un papier, un écran ou un post-it.
Voilà. C'est écrit.
Ecrire n'est pas une chose d'utilité publique. Et pourtant, nos mots posés sur du papier peuvent transformer le monde. D'abord, celui qui écrit. Parceque ces mots sont à lui. Et pas à nous.
Elle ou lui, celui qui a écrit, ne nous impose pas sa vision. On en comprend que ce que nous voulons en saisir.
Dans les relations intimes, une lettre peut mener plus de conflits que ce qui pouvait être dit et si, pris à la lettre, peut mener à une séparation, qui pourtant n'était peut-être pas neccéssaire.
Ce qui est lu, est dit. Tout au moins dans une tête, ou en tout cas, reste dans son coin. Ecrire, n'est pas une littérature. C'est une expression de vie, comme un polaroid de l'instant T. D'ailleurs, écrire s'accompagne bien d'une liqueur, d'un café, d'un thé ou d'un chocolat. C'est une pratique relaxatne, une solution-doudou, car les mots s'écoulent comme la saveur d'un roudoudou d'antan. L'écriture est un bonbon qu'on savoure au fur et à mesure, on peut-être pris souvent la main dans le cahier, le sac ouvert à ses pieds. J'ai des souvenirs de quais de Seine où par en vie, je décrivais les gens sur papier comme d'autres en font des cicatrices de dessin. Tien, cette dame tape-tape avec des talons cliquetis, suivi de de près par un couple argenté se tenant par la main qui regarde au coin ce que je peux écrire. Et ce n'est pas possible, je le sais, cependant je le ressens ainsi.
Ecrire pour témoigner, de vos vies, est une autre façon d'avancer une écriture. Etre témoin de l'histoire, de notre histoire, d'un fait qui m'a touché, se fait par une écriture qui se dit publique et qu'on nomme "journalisme". Un journal particulier, puisque je ne suis plus liée à aucun média public, et mes deux visions particulières de dire publiquement, à travers un regard auquel j'assiste, une vision d'un événement culturel ou sociétal de ce que j'ai vu et que je vous partage, en bonne être public que nous sommes tous devenus.
Ecrire est un pouvoir de notre nature, notre langage animalier qui ne peut pas être partagé par les autres races d'animaux, et qu'il va falloir comprendre car sans la nature, ne nous sommes rien.
Anne
Le Premier Mars
Thème amour, amitié, gloire et stupeur
Sujet : un inconnu laisse une lettre pour vous, dans un endroit que vous connaissez. Que faites-vous?
Je lui dirai qu'il ne faut pas le faire, et j'enverrai promener la lettre en lui disant que je ne suis pas libre, que je suis en couple et j'ignorerai la lettre. Je suis quelqu'un de fidèle en amour comme en amitié. Cette lettre est une avance, donc je n'y répondrai pas, je ferai tout pour ne pas la voir. Si je vois celle qui la écrite, je lui demanderai ses motivations. Ensuite, je déciderai s'il faut mettre de la distance ou pas. Si je revois cette lettre, je lui dirai qu'il vaut mieux arrêter. Si elle insiste, j'en parlerai à ma conjointe. Je l'ignorerai après. Et si elle continue, je porterai plainte contre cette lettre anonyme. La police littéraire agira. Et comme je suis célibataire, cela ne risque pas de m'arriver.
Stéphane
Sujet : Rencontre sur internet - écrire une rencontre en incluant ces mots : catalepsie, succube, écornifler, potron-minet, et screugneugneu.
C'était un mois de pluie, où dans une vie solide et solidaire, je me sentais inutile et inconsidérée par le monde qui m'entoure. Non pas que je ne suis pas importante à mes yeux, je rends toujours service au bureau. Mon équipe me catalogue comme une succube, et tant que directrice, je suis bien obligée de contrôler ce qui se passe. Je suis contrôleuse de qualité dans un grand groupe alimentaire, et à la tête de la chaîne alimentaire, je suis en charge des écrans de sécurité qui encadrent ce qui sera mis en barquette, marque alimentaire toute prête de personnes pressées ou célibataires et cuisiner en cinq minutes au micro-onde. Je dois faire attention à ce que rien ne soit écornifler en bout de chaîne.
En ce dimanche de parisienne bobo de quartier chic, cadré dans un appartement à intelligence artificielle, une seule envie n'était plus de converser avec mon potron-minet d' I L R ( I Love Robot, le dernier modèle en vogue niveau sex-toy. Un bon compagnon de route qui fait l'affaire, puisqu'il est réglé à mon envie ) et qui me connaît par cœur, doté en plus de parole, mieux qu'un humain moulin à palabres. Je téléphone à une de mes amies qui n'est pas de mon avis et trouve cette idée saugrenue de s'envoyer électroniquement en l'air. Elle me propose donc de revenir chez les vivants, et même je peux prendre dans mon sac mon engin si cela me chante. C'est une histoire de changer de vis à vis.
Je raccroche, et suis screugneugneu. Encore une fois, une personne pas satisfaite par la modernité. La catalepsie me prend au nez.
Le 5 avril
Les saisons de la vie (l'autobiographie)
A 6 ans, j'ai commencé à aller à l'orthophoniste pour parler, c'était pas facile et après, ce fût le tour d'aller chez le kiné, pour parler ce n'était pas évident. Après, je suis allée à l'école. J'avais du mal à suivre, j'étais un peu sauvage et on se moquait de moi parce que les enfants ont vu que j'avais une différence et je me mettais un peu en retrait. ça me faisait de la peine. Mes parents se sont bien occupés de moi, j'étais un enfant roi. Quand je n'avais pas ce que je voulais, je faisais des caprices. J'étais dans une école spécialisée pour mon handicap, j'y suis resté jusqu'à mes 14 ans. A 12 ans, je continuais d'aller à l'école, j'étais moins sauvage. Je commençais à avoir des copains, j'ai eu une vie sportive football et athlétisme. Je me débrouillais bien au foot, à 14 ans. J'ai gagné des médailles, pratiquer le ski de fond avec la classe de neige et je l'ai eu, cette médaille.
Stéphane
Seule, avec grand-mère, parents loin. Papa travaille. Maman ne peut pas s'occuper de moi, je suis malade. Pourtant, je me sens bien. Maman et moi on va chez les docteurs le samedi, on en voit de toutes sortes, dans le Gard, un peu comme des bonbons qui ont différentes saveurs des ceux pour le corps, à ceux des esprits. Mais pourquoi, je m'étouffe? Maman, en soucis, crie. Maman ne peut rien dire, coincée entre "la vielle" (sa mère), la patriarche, celle qui a "le grand pouvoir" sur nous. Grand-mère, telle qu'une stèle, fait oui ou non de la tête. Comme le chien en plastique de papy Marceau derrière les sièges autos. Et comme c'est souvent non, pour grand-mère, ça laisse peu de place pour les envies de maman. Souvent, maman pense qu'elle va mourir à cause de sa mère, et moi je pense disparaitre à cause de la mienne. Parce je veux lui tenir tête. Dans les familles espagnoles, on a le respect des ainés, surtout pour les femmes. Sinon, on est des femmes à exagération. Et pour grand-mère, sa fille exagère et si elle exagère, elle ne m'élèvera pas dans la dignité de l'ainé car je suis l'ainée et doit monter la dignité des femmes fidèle, droite et loyale.
Francis passe parfois derrière la maison. Dans la demeure, grand-mère se méfie car elle n'aime pas les enfants qui m'embêtent. J'aimerai bien aller le saluer, et qu'on explore ensemble la garrigue caillouteuses de thym et de romarin de derrière la maison, comme je l'ai fait en lisant un des trois livres de souvenir de Marcel Pagnol, et je ne sais plus lequel est-ce. Non, ce n'est pas bien. Tu ne sais pas marcher. Et puis le roux est un signe. Celui de l'enfer. Je suis issue d'une famille à révolution catholique. On regarde dieu, on le respecte en le défiant. On peut se dire qu'on peut-être mieux que Dieu, sauf qu'on meurt à la fin et je ne sais pas trop où on va. Je reste dans la conviction qu'un Supérieur reste à la surface du Monde, que ma famille appelle Dieu et Jésus Christ avec la pauvre Marie, et que non impossible que Jésus Christ ait eu une histoire d'amour avec Marie-Madeleine, ce sont des foutaises. Malgré tout, pourquoi pas ? L'histoire en serait plus joli, c'est une histoire si triste. En tout cas de mon bord de lit, agenouillé à côté de grand-mère car on dort dans des lits jumeaux car j'ai un sommeil agité et qu'il faut me surveiller en tant que fille unique, pour la prière du soir à Marie, je vois la petite vague de tissus bleu de mon drap protégeant le matelas. Je prie pour qu'une vague me mène au loin, au pays des merveilles.
Anne
Espagne
Un pays que je connais peu, et qui pourtant m'a constitué à moitié. L'Espagne, entre tradition et modernité où homme et femme doit ternir modèle de droiture, de justice et de respect. La jeunesse féminine doit préserver ses valeurs, celle masculine doit susciter l'admiration. L'homme fort par testostérones.
Los colores della vida, ce pays. Je lui dois mes colorations. Etre étrangère dans son propre pays, et pourtant si française, c'est moi Anne LAROUTIS. Un être à part, cette fille, car je lui prête corps. Ma masse corporelle est une masse qui étouffe parfois l'âme d'Anne. J'arrive mieux à être là, ici et maintenant, comme un point sur un texte de deux longues phrases. En me baladant dans le pays de mes ancêtres, j'ai compris comment j'étais faites par mon aspect physique et pourquoi j'aime tant les objets corporels comme les bijoux ou les accessoires. L'Espagne, par sa culture et sa vision d'être ensemble, de faire société donne à mon pays, La France, une chance d'être comme elle un espace d'accueil ; de réussite qu'il faut saisir afin de se réaliser et accomplir le miracle de vivre ensemble.
Anne
Etre d' Avignon
Avignon est un village d'irréductibles, comme dans les BD de notre enfance, où il y a les gentils et les méchants. Dans ce village sans prétention, on n'y danse pas tous en rond. Comme partout ailleurs, les différences demeures. D'ailleurs, ma demeure citadine est aussi grand qu'un mouchoir de poche carré, où le sens unique est devenu la norme alors qu'on avait l'habitude d'y circuler sans tourner autour du pont. Avignon intra n'es pas si extraordinaire que cela, peuplé de bobos franchouilles biberonnées à Télérama. Avignon est comme un Rocher chocolaté croquant à l'extérieur, fondant de l'intérieur. L'intra a un accent pointu, fréquente la Mirande, court les avants premières des théâtre permanents, accent normal aux Halles. L'extra est un peu plus mélangé, où dans le quartier des cheminots on y trouve aussi bien l'autochtone que celui ou celle qui vient de l'estranger, de Cavaillon, Pertuis ou Carpentras. Venir d'ailleurs, cela signifie qu'on n'est pas tout à fait du coin, qu'on s'y est installé pour la culture. Comme sur les autres territoires, peu d'entre nous vont "faire culture", 83% de "gens d'Avignon" souhaitent préserver les pratiques culturelles sauf qu'ils n'y participent plus. Faute de moyens financiers. Pour les classes moyennes qui sont au-dessus de 2000€, en charge de deux enfants non majeur, aller au théâtre, au cinéma, voir une exposition équivaut à dépenser un plein de courses. Sans compter du petit plaisir à côté, un glace ou un verre en terrasse, comptons 5€ par personne. Alors, fuyons et laissons la place à celles et ceux qui ont besoin de créer en laissant nos demeures à 7000€ pour une maison ou 4000€ pour un appartement de 80m2. J' exagère? A peine. Avignon, c'est un peu une grande ville, on ne peut pas s'y ennuyer. C'est une effervescence chaque week-end, en moyenne une soixantaine d'évènements entre l'offre privé et public, tant est si bien que le public ne comprend pas ce qui se passe et ferme leur porte de leur demeure car trop de choix ne permet plus de choisir, cela renferme sur une indécision. Alors les 17 % du public qui font la culture d'Avignon, se retrouvent presque toujours dans les mêmes circuits soit dans les théâtres permanents, soit à l'Opéra, soit dans les deux grandes salles qui nous servent déjà d'Arena. Avant d'être dans une arène, Avignon était dans un schisme qui ne s'est jamais interrompu. Cela s'est repensé dans le milieu culturel, avec le In et le Off, comme si Dionysos n'était pas le même Dieu que nous prions, dans chaque quartier d'Avignon. Et comme nous voulons être en paix, cela s'apaise. Depuis deux ans, les festivals In et Off ont les mêmes dates. Dans les rues d'Avignon, en été de juillet, la neige tombe avec un public à cheveux blancs au lieu de toutes les couleurs.
Vol du viol
Un doigt dans un vagin, à la sortie des toilettes du collège en région parisienne dans les années 80, avec une fille issue de bonne famille, dont la maman veut absolument que sa fille n'ait aucune relation intime jusqu'au mariage, pas de bol, c'est sur moi que cette salle histoire est tombée. Le pourquoi? Parce que je suis différente, et le caïd de la classe a décidé que j'allais avoir une gueule de moins bonne sainte nitouche. Je ne comprends pas pourquoi ça tombe sur moi, ce doigt là. Je sais bien qu'on ne me comprend pas, les professeurs disent de moi que je rentre pas dans les cases mais que je comprends parfaitement. Je perds mes moyens en contrôle, j'apprends mais tout est vide devant les questions posées en contrôle. Sauf en dessin ou en français. Sale cochonaille du sud. Un truc dans ce genre, on me disait dans les couloirs du bahut, colle comprise pour que je n'arrive pas à ouvrir mon casier. A force, je ne portais que des joggings car les jupes, même plissées et longues, c'était des frôlements à cause de mes fesses. Le dénie est une absinthe. On oublie pour survivre. L'envol de ce souvenir s'est produit lors d'une journée sur le harcèlement scolaire, avec la compagnie Vies à Vies. On m'avait demandé de témoigner, du harcèlement qui se produit souvent sur des personnes comme moi, qu'on nomme aujourd'hui les neurotypiques. A l'époque, on ne savait dire que "dys". Non pas dix sur dix en contrôle, juste dire "dys" pour doigter le fait que ma personne comprend un peu de travers ou voit juste ce qu'il faut. Le dénie c'est d'évacuer les violences intra-personnelles, celles de maman qui explosait à chaque mauvaise note, et en disant à l'extérieur comment j'étais formidable. Le dénie c'est oublier que vers le même âge de 11 ans, un enfant m'a craché au visage en disant que conne j'étais, conne je resterai et que mes enfants seront des déchets. Cela tombait bien, je n'en voulais pas. Et puis, j'en ai fait une, comme moi, le chat ne fait pas un chien. Elle aussi traumatisée à l'école primaire, elle n'a rien dit. Jusqu'au collège. Et puis, les choses du dénie reviennent. Je lutte. Beaucoup. Contre une voix vulgaire, avec des gros mots, qui me parle de ce que je ne suis pas. Je suis humaine. A recycler un jour, et je suis vivante avec la rondeur qu'il faut et brillante. Lunaire. Ou solaire. En tout cas éveillé. Et mon petit doigt me dit qu'on se remet de tout. La preuve, le jour où je devais témoigner contre le harcèlement scolaire suite à un théâtre forum, ça a surgit de nulle part cette histoire de doigt dans le vagin. Sylvie m'a tendu le micro, et toi comment ça c'est passé ton harcèlement, et bien ainsi. Le viol s'est alors envolé, l'adulte qui reste dans ce corps d'enfant en reste encore choqué. A quelque part, cet acte a construit ma vie d'adulte. Je n'ai jamais mis le bon curseur dans mon intimité. Soit trop, pas assez ou rien. Parler du "ça" reste encore sans mots. Pourtant, j'ai fait du spectaculaire, un corps en spectacle n'est pas un corps intime. Le doigt dans le vagin devient un poing vengeur, celui de dire au Monde que je suis femme. Humaine et sans aspérités. Mes neurones sont ordinaires. L'humanité est atypique.
Anne
